observatoire

L’entretien Coénove : Isabelle Kondolff et Charlotte Drappier, Westlake Catalyse

Lundi, Janvier 4, 2021

 

Propulsé sur le devant de la scène par le plan de relance, l’hydrogène apparaît comme un vecteur de décarbonation du plus grand intérêt. Gaz aux propriétés très différentes du méthane (gaz naturel) actuellement présents dans les réseaux français, son développement nécessite de fait un certain nombre d’adaptations, notamment sur le réseau de transport. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Cette problématique n’est pas nouvelle et la question de l’accueil de l’hydrogène dans les réseaux de gaz existants a été soulevée par GRTgaz dès 2016. Un challenge a été lancé dans le cadre de leur programme Open Innovation Factory avec pour but premier de répondre à l’enjeu suivant : étant donné que l’hydrogène attaque les aciers et les fragilise, comment éviter de remplacer des canalisations en place et au contraire, valoriser l’existant ? Nous avons répondu à cet appel d’offres avec une solution qui a remporté le challenge, en proposant un revêtement polymérique barrière qui empêche l’hydrogène de s’infiltrer dans l’acier et qui est facilement applicable dans les canalisations enterrées, pulvérisé comme une peinture à l’aide d’un robot introduit dans les canalisations.

 

Sans trahir votre savoir-faire industriel et les différents brevets associés, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce revêtement ?

 

Pour le moment, l’épaisseur du dépôt est de l’ordre de 50 microns. Certains dépôts anticorrosion peuvent avoir plusieurs centaines de microns d’épaisseur lorsque c’est nécessaire. À terme, l’épaisseur de notre revêtement devrait être du même ordre de grandeur que celui des revêtements anticorrosion. Nous espérons que ce revêtement protégera longtemps les infrastructures. Il est certain que les traitements peuvent être réappliqués. Nous savons que les revêtements polymériques présents dans les canalisations, dans un but de protection anticorrosion, présentent une durée de vie tout à fait satisfaisante et nous espérons atteindre des durées de vie similaires. Le démonstrateur devrait être prêt en 2024 ou 2025, en vue d’une implémentation industrielle réalisée ensuite de façon progressive.

 

On voit là qu’un premier pas de géant a été franchi mais ce développement n’appelle-t-il pas en complément d’autres perspectives ?

 

Tout à fait, ce produit ouvre des perspectives pour améliorer, à des coûts raisonnables, la tolérance à l’hydrogène d’autres réseaux de transport et de nouvelles canalisations. De plus, notre solution et l’expertise capitalisées lors de son développement pourraient être transposées pour répondre à des problématiques d’autres secteurs de la filière comme la distribution, le stockage, le transport et les usages de l’aval (usines, chaudières, véhicules à hydrogène, etc.). Les plastiques et polymères sont déjà présents sur certains points, notamment dans les réservoirs de stockage et les conduites de distribution. À l’avenir, des matériaux plus performants seront peut-être nécessaires pour faire évoluer ces installations. Nous pourrions également répondre à des besoins liés au risque d’explosion et de fuite, besoins accrus en cas d’utilisation d’hydrogène. Nous pensons que les polymères et les plastiques ont un rôle à jouer car ils allient performances et réduction des coûts, ce dernier aspect étant l’un des enjeux clés du développement de la filière gaz renouvelable.