observatoire

4 questions à Jérémie Miroux, fondateur et CEO de BioEnTech

Lundi, Juillet 6, 2020

 

Filière en plein développement dans les territoires, la méthanisation progresse en nombre d’unités mais également en maturité. Vous n’y êtes pas totalement étranger… pouvez-vous nous en dire plus sur les voies d’optimisation de cette filière ?

 

Très tôt, il nous est apparu qu’en digitalisant les bioprocédés, dont la méthanisation,  c’est-à-dire en récupérant des données, en capitalisant sur du pilotage temps réel, en stabilisant et sécurisant les installations, il y avait des gains significatifs à opérer sur l’augmentation de la production de biogaz et la réduction des coûts d’exploitation.

 

Nous avons ainsi fondé en 2013 la start-up BioEnTech, avec l’appui des laboratoires Inrae et Inria, pour développer des solutions logicielles et analytiques pour le pilotage des bioprocédés (méthanisation, stations d’épuration, entomoculture). Nos solutions permettent  la supervision globale et l’aide à la décision (outil MeMo), l’analyse infrarouge de la matière (IR-SCAN) et un suivi du fonctionnement du digesteur via un capteur à placer sur les unités de méthanisation (SNAC).

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur ces outils et la plus-value apportée pour les exploitants ?

 

Les outils digitalisés développés par BioEnTech permettent d’améliorer significativement les bilans énergétiques et environnementaux des unités de méthanisation et des stations d’épuration. Le logiciel MeMo vise à mieux comprendre ce qui se passe au cœur du digesteur, sur la base de la remontée d’informations afin de procéder à des analyses, diagnostics et suggestions. Ce système est associé à des services de suivi biologique (caractérisation des gisements, estimation de valeur agronomique, analyse du biogaz), d’expertise (interaction entre utilisateurs et unités de méthanisation) et de conseils d’aide à la décision. Il est ainsi possible de comprendre les causes de la perte de performance et d’y remédier. En installant MeMo, nous favorisons quelquepart la transition vers l’industrie 4.0 en définissant des objectifs d’optimisation, en centralisant les données et les faisant parler.

 

L’IR-SCAN permet de caractériser tous types de matière organique et  pour ainsi dire d'adosser une carte d’identité biologique aux flux matières. En effet, les intrants organiques présentent des cinétiques de biodégradabilité très variables. Cette caractérisation permet d’interroger les unités de méthanisation via MeMo pour prédire la bonne ration d’alimentation et, à terme,de mettre en place une plateforme territoriale pour simplifier l’apport localement des flux matières des pourvoyeurs aux unités de méthanisation. Cette préparation de recette en amont pourrait alors stabiliser et améliorer la production de biogaz mais également d’améliorer la rentabilité de l’installation.

 

Enfin, avec SNAC couplé à une interface web, véritable mini laboratoire, les exploitants peuvent effectuer un suivi biologique en autonomie et s’appuyer sur  des interprétations générés par la WebApp du SNAC, ce qui permet de réagir par exemple en cas de risque d’intoxication.

 

Concrètement, est-il possible de chiffrer les gains attendus ?

 

Les gains attendus sont multicritères. Le retour sur investissement est entre 6 mois et un an. 

 

Prenons quelques exemples. Le premier est un méthaniseur agricole : l’utilisateur suit les préconisations de MeMo, l’augmentation de la production de biogaz s’élève à 20 % à charge équivalente. L’exemple suivant concerne une station d’épuration de brasserie : en l’absence de valorisation du biogaz (faute de tarif de rachat), l’exploitant a souhaité travailler sur la récupération de thermie. En réduisant la température du réacteur, une économie de 80 000 euros par an a été réalisée.

 

Le troisième exemple montre le coût de la dépollution et de l’arrêt d’une station d’épuration, qui s’élève à plusieurs centaines de milliers d’euros. Grâce au système de BioEnTech, le diagnostic permet d’éviter l’arrêt de l’unité, d’améliorer le taux d’abattement, de réduire la production de boues. MeMo permet de traiter davantage de pollutions, d’augmenter la production de biogaz et de faire de l’unité une installation à énergie positive.

 

Enfin, le dernier cas est une unité qui travaille en co-digestion sur laquelle MeMo a détecté une acidification, le conduisant à recommander la réduction de l’alimentation pour stabiliser la production de biogaz.

 

Si vous deviez qualifier vos services, comment le feriez-vous ?

 

Notre métier est de faire parler la donnée pour améliorer et sécuriser les bioprocédés environnementaux. Ce qui se traduit pour les stations d’épuration par la sécurisation biologique de l’installation, la réduction des coûts opératoires, et l’augmentation de la production de biogaz.

 

Et pour les unités de méthanisation en co-digestion nous tendons à devenir de véritable nutritionniste. Nous démocratisons ce savoir-faire pour que les exploitants puissent s’en emparer. Dans un contexte numérique, nous apportons une technologie incrémentale qui récupère des données et optimise les unités, ce qui représente un ensemble vertueux. Ce marché est celui des IoT (Internet des objets), il inclut les capteurs intelligents, les données et leur interprétation au bénéfice de l’opérateur qui peut ainsi prendre les bonnes décisions et éviter les accidents biologiques. Dans ces procédés de plus en plus complexes, l’apport de l’intelligence artificielle est déterminante et nous sommes fiers d’y contribuer.

 

Merci à Jérémie Miroux, fondateur et CEO de BioEnTech