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PPE : les enjeux à venir de la rénovation du parc de logement

26 / 05 / 2015
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Dans le cadre de la préparation de la Programmation Pluriannuelle de l'énergie (PPE), Coenove a rédigé une contribution présentant différents scénarios d'évolution des ventes de chaudières individuelles gaz. Résultat : la prochaine mise en oeuvre de la Directive Ecoconception risque de causer paradoxalement un nouveau retard dans le renouvellement du parc par des chaudières à condensation si elle n'est pas accompagnée d'un soutien durable via le CITE.

 

Résumé de la note envoyée à la DGEC

La pénétration de la chaudière à condensation accuse un retard important par rapport à nos voisins européens. Associée à un renforcement de l’isolation, cette technologie présente l’un des meilleurs rapports coût / bénéfice (avis de l’ADEME « Modes de chauffage dans l’habitat individuel ») et représente une solution efficace pour atteindre les objectifs de réduction des consommations d’énergies et des émissions de gaz à effet de serre dans le parc de logements. La mise en œuvre de la directive écoconception en septembre prochain, en rendant obligatoire cette technologie, risque paradoxalement de causer un nouveau retard dans la rénovation du parc. La condensation est en effet 25 % plus chère que la chaudière standard ou basse température et les consommateurs risquent de reporter le remplacement de leur équipement. Seul le soutien durable par le CITE de cette technologie, en complément des CEE, permettra d’éviter une baisse du volume total des ventes de chaudières individuelles. Il permettra en particulier de gagner 5 ans sur le renouvellement total du parc par des chaudières à condensation, d’éviter 1,2 Mt d’émissions de CO2 et de créer des emplois de proximité et non délocalisables, notamment dans le secteur de l’installation et la maintenance.

Etat des lieux : un développement de l’électricité et des consommations associées depuis 10 ans

Au cours des dix dernières années, le parc résidentiel évolue principalement au bénéfice de l’électricité et, dans une moindre mesure, du gaz naturel. Les consommations d’électricité sont les seules à progresser, portées par les transferts d’usage thermiques, l’augmentation (certes moins importante) du nombre de logements neufs et l’électricité spécifique. Ceci dans un contexte où la thermo-sensibilité de la France reste importante et en croissance, ce qui rend notre pays de plus en plus dépendant de ses voisins en matière d’approvisionnements (RTE 2014).

 

Le retard de la chaudière à condensation en France

Les chaudières individuelles gaz se répartissent en 2 catégories : la condensation et les chaudières classiques (standard et basse température). Les ventes de chaudières sont très stables depuis 2007 à environ 500.000 chaudières individuelles vendues annuellement (75 % dans l’existant, 25 % -toutes à condensation - dans le neuf). Par ailleurs, on estime à environ 20% la pénétration des chaudières à condensation sur le parc existant. Cette faible pénétration globale de la condensation s’explique par un rythme assez faible de placement dans la rénovation du parc : en effet, sur 3 chaudières remplacées sur le parc existant, 1 seule le sera par une chaudière à condensation, alors que dans le neuf le taux d’installation est de 100 %. Il y a lieu de noter que la pénétration de la condensation en France (20 %) accuse un retard important par rapport à l’Allemagne (46 %), l’Angleterre (68 %), et les pays Bas (91 %).

L’impact de la directive Ecoconception : au moins 10 % de rénovations en moins

Du fait de la prochaine mise en application de la directive Ecoconception en septembre 2015, le choix de la condensation sera quasi-obligatoire lorsqu’il s’agira de remplacer une chaudière. Cependant, le coût d’une chaudière à condensation* installée étant supérieur d’environ 25% à celui d’une chaudière classique, il est fort probable, dans un contexte économique morose, qu’une part des consommateurs retarde son investissement. Mécaniquement la part des chaudières à condensation augmentera mais, globalement, il faut s’attendre à un ralentissement du rythme de renouvellement des chaudières que l’on estime à au moins 10%.

Le rôle des mécanismes de soutien au renouvellement du parc : 5 ans à gagner sur le renouvellement

Les mécanismes de soutien au renouvellement de ce parc sont pour l’essentiel les CEE et le CITE récemment porté à 30% :

 

1. Les CEE existent maintenant depuis plus de 9 ans mais la valorisation de la fiche condensation individuelle a été revue de plus de 30% à la baisse pour la 3ème période des CEE conduisant probablement à une baisse de la prime CEE.

 

2. Un CITE à 30% permettra au contraire de compenser le ralentissement de renouvellement causé par la directive Ecoconception, voire d’en accélérer le développement. Coénove table sur une augmentation de 20% du nombre de chaudières renouvelées.

 

Dans ce cadre, deux scenarii sont à considérer :

 

-  Tendanciel avec CEE et directive Ecoconception,

-  Mesures Supplémentaires (MS) avec mesures de soutien comme le CITE.

 

Pour le scénario MS, nous avons évalué les écarts avec le scénario tendanciel sur les critères suivants : nombre de chaudières à condensation vendues, coût pour la collectivité, tonnes de CO2 évitées et coût de celles-ci, économie d’énergie supplémentaire et coût à la tep économisée.

 

Comme indiqué dans le tableau ci-après le scenario MS permet de gagner 5 ans sur le renouvellement total du parc par des chaudières à condensation, et permet d’éviter environ 150.000 t CO2 par an. Par ailleurs, d’autres technologies telles que les chaudières hybrides et les PAC individuelles gaz devraient commencer à prendre des parts de marché à hauteur de plusieurs milliers de pièces par an à l’horizon 2018.

Scénarios d’évolution des ventes de chaudière à gaz

Un scénario sans rupture technologique et à fort contenu d’emplois

Il est important de rappeler que le scénario proposé par Coénove est réalisable sans rupture technologique, à partir d’une technologie qui a fait ses preuves en termes d’efficacité, de simplicité d’emploi et de fiabilité. Elle s’insère aussi parfaitement dans des dispositifs de régulation de type « smart ready ». Le scénario MS devrait permettre de maintenir l’emploi industriel et la création d’emplois dans les filières d’installation et de maintenance, répartis sur tout le territoire et non délocalisables. Un scénario qui met les qualités du gaz au service de la transition énergétique Le scénario s’appuie sur une énergie faiblement émettrice de GES, indispensable au développement des ENR et appelée à devenir elle-même renouvelable.

 * Ce surcoût ne pourra pas diminuer par un effet volume puisque ce produit est déjà largement diffusé dans les autres pays européens.