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RE2020 : l'efficacité énergétique n'est pas la priorité... !

26 / 04 / 2019
Depuis plusieurs mois, les acteurs du secteur de l’énergie sont mobilisés dans le cadre de la révision de la Stratégie Nationale Bas Carbone, de la Programmation Pluriannuelle de l’Energie (PPE) mais également autour de la définition de la prochaine réglementation thermique dite environnementale dans le bâtiment, la RE2020.
De nombreux groupes de consultation et concertation (GC) ont été mis en place pour amender ces trois projets de textes fondateurs de la politique énergétique française, visant à nous mettre sur la voie de la neutralité carbone à l’horizon 2050.

 

Le dernier GC sur la RE2020 s’est ainsi réuni le 11 avril dernier et la question de la  baisse à 2,1 du coefficient de conversion en énergie primaire de l’électricité a été débattue. Le projet de PPE envisage en effet le recours au mix énergétique prospectif 2035, se traduisant concrètement dans la RE2020 par la baisse du coefficient de conversion de l’énergie primaire, le « PEF », pris en France par convention à 2,58.  Par convention en effet car cette valeur est depuis des années bien supérieure et s’établit à date à 2,72 comme rappelé par la DHUP dans la note adressée en amont aux membres du GC et dont nous reprenons le graphe ci-dessous :

 

 

 

 

Cette valeur relativement élevée par rapport aux pays européens voisins tient dans la composition singulière de notre mix énergétique et à la prédominance du nucléaire. En effet, si ce dernier est une énergie faiblement carbonée, il n’en est pas de même de l’efficacité énergétique parmi les plus faibles de tout le système de production d’électricité.

 

L’évolution de notre mix énergétique, notamment du fait de l’émergence constatée depuis plusieurs années des énergies renouvelables, va incontestablement amener à revoir à la baisse la valeur de ce coefficient. Ceci n’aura toutefois une réalité que dans plusieurs années. Or, dans le cadre du GC1, il a été proposé de s’appuyer sur une valeur de 2,1, correspondant peu ou prou au mix énergétique projeté en 2035, date à laquelle il est attendu que la part du nucléaire ait été ramené à 50% du mix de production électrique.

 

Cette approche nous semble avant tout relever du pari et Coénove n’est pas seule à exprimer son franc désaccord sur cette baisse brutale et non justifiée.
Au-delà de l’aspect prospectif discutable, ce sont bel et bien les conséquences d’une telle baisse qui doivent alerter. 

 

ABAISSER DES A PRESENT LE PEF A 2,1 SIGNIFIERAIT :
- avoir l'assurance d’un mix électrique en 2035 constitué pour 50% de nucléaire. Or les reports successifs de baisse de cet objectif ne nous donnent aucune raison de croire que tel sera le cas ;
- réintroduire le convecteur électrique dans le bâtiment, solution énergétiquement peu performante sortie  par la RT2012 : ce serait un retour en arrière avec comme conséquence d'aggraver la pointe électrique hivernale dans la mesure où les rénovations énergétiques ne sont pas à la hauteur de l'attendu et donc que la diminution des consommations dans le bâtiment reste en partie une vue de l'esprit malgré les efforts déployés ;
- donner un droit à surconsommer et promouvoir des bâtis de moins bonne qualité en desserrant la contrainte sur l’isolation ;
- porter atteinte au développement des EnR et au verdissement du mix en favorisant un vecteur énergétique ;
- faire artificiellement disparaître plus de 1 million de logements des classes énergétiques F et G et résoudre par simple effet mathématique une partie de la question des passoires thermiques sans pour autant améliorer la situation du parc et encore moins adresser la question de la précarité énergétique.

 

Cette baisse n’est donc pas acceptable en l’état et relève plus d’un tour de passe visant à justifier l’injustifiable qu’une véritable mesure prise dans l’intérêt général.

 

Toutefois, il ne s’agit pas d’une position dogmatique visant à graver dans le marbre cette valeur de 2.58. Il sera pertinent et d’intérêt de revoir le PEF dès lors que l’impact du développement des EnR dans le mix sera significatif mais surtout que la part du nucléaire aura concrètement baissé.

 

Plutôt que de se projeter à 2035, retenons une position pragmatique visant à revoir la valeur du PEF à chaque nouvelle réglementation environnementale dans le bâtiment (en moyenne tous les 6 à 7 ans) ou à défaut, tous les 4 ans comme le fait l’Europe. Concernant la RE2020 et dans la mesure où la valeur réelle du PEF est actuellement de 2.72, seul le statu quo maintenant la valeur de 2.58 est entendable, d’autant plus que cette valeur continue de donner un avantage significatif à la filière électrique malgré ce qu’elle avance.

 

Enfin, il nous semble qu’en temps voulu, la révision du PEF devra bien concerner bien tous les vecteurs énergétiques et non seulement l’électricité, les énergies thermiques étant également appelées à se verdir du fait de la pénétration des EnR. 

 

En conclusion, toute décision qui viserait à retenir une valeur substantiellement abaissée du PEF dès 2019 serait clairement en opposition avec la position très largement majoritaire des acteurs énoncée le 11 avril lors de la réunion du GC1 mais surtout en contradiction avec l’efficacité énergétique du secteur du bâtiment promue par ailleurs…