Actualités

Massification de la rénovation énergétique du parc résidentiel et tertiaire : 4 idées forces pour passer de l’intention à l’action

03 / 12 / 2018
 
Dans un contexte fort d’engagement de la France contre le changement climatique marqué par l’Accord de Paris, mais également le Plan Climat présenté en juillet 2017, l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 et donc la baisse des émissions de gaz à effet (GES) de serre se sont imposés.
Cette réduction des émissions passe d’une part par le verdissement des énergies utilisées mais avant tout par une baisse des consommations au travers de trois piliers principaux : la sobriété, l’efficacité énergétique et la rénovation du parc de logements existants.

 

En effet, définie comme priorité nationale au sein du Plan de Rénovation Energétique des Bâtiments d’avril 2018 (PREB), la rénovation énergétique du parc résidentiel et tertiaire est incontournable pour réussir la transition énergétique et nous amener vers la neutralité carbone en 2050. Son succès passe par une démarche structurée, volontariste et suivie : état des lieux, efforts de réduction des besoins, travaux phasés dans le temps, approche filière par filière.

 

1- Rénovation énergétique : de quoi parle-t-on ?
Avec 40% des consommations et près de 20% des émissions de GES, le secteur du bâtiment constitue un gisement décisif pour agir.
Mais les choses se compliquent quand il s’agit de définir la situation actuelle et les indicateurs qui vont permettre de jalonner le chemin à parcourir. 400 000 logements rénovés annuellement, 500 000 dans le PREB, 700 000 visés dans les premiers travaux de révision de la SNBC et finalement 1 million annoncé récemment (!), la bataille des chiffres fait rage quand il s’agit d’afficher des objectifs.
Alors focalisons nous avant tout sur la cible : disposer, en 2050, d’un parc 100% au niveau BBC Réno, c’est-à-dire, ne consommant pas plus de 80 kWhEp.m²/an, quand la moyenne est à ce jour de 240 kWhEp.m²/an.

 

La diversité des situations, tant pour le bâtiment (maison, copropriétés…) que de son occupation (propriétaire occupant, locataire…) font que le périmètre de la rénovation ne recouvre pas une définition précise. C’est le résultat du passage d’un état initial, défini au cas par cas, à un état final (BBC Réno en 2050).
Il convient donc de définir des indicateurs pertinents permettant de suivre, à partir d’une situation de départ mesurée passant par un Diagnostic de Performance Energétique fiabilisé (DPE), l’amélioration progressive de la performance du bâtiment en vue d’atteindre la cible 2050.
 

 

2- Rénovation énergétique : quatre idées-forces
- Prioriser la baisse des besoins
La baisse durable des consommations d’un bâtiment passe nécessairement par la réduction de ses besoins. Si cela ne contredit nullement le développement des énergies renouvelables, il permet de recentrer la priorité sur la baisse des besoins avant leur satisfaction. Il faut donc travailler prioritairement sur le bâti et les systèmes.

 

- Raisonner en ACV
Dans un objectif de sobriété des usages et de finitudes des ressources prélevées, l’analyse en cycle de vie (ACV) doit dicter la réflexion. Ainsi, concernant la production d’énergie, seule l’expression des objectifs en énergie primaire permet de mesurer la ponction réalisée sur notre planète. Raisonner en énergie finale revient à considérer qu’un kWh produit par une centrale à charbon dans la Ruhr est équivalent à un kWh photovoltaïque produit dans le sud de la France…

 

- Attention aux transferts d’énergie
Un simple changement d'énergie permettrait de réduire les consommations d'énergie finale et les émissions de GES (tout en augmentant les consommations d'énergie primaire), ou au contraire de réduire les consommations d'énergie primaire tout en augmentant les émissions de GES. Tout cela n’est pas acceptable ; une rénovation doit nécessairement conduire à une amélioration de l'étiquette énergie ET de l'étiquette climat.
Une vision globale est, de plus, nécessaire. Si une électrification massive des usages, et notamment du chauffage dans les bâtiments, entrainerait mathématiquement une baisse des émissions de CO2, elle ne ferait que déplacer le problème sur les appels de puissance hivernaux, alors même que le réseau électrique déjà sous tension à cette période de l’année.

 

- Privilégier la rénovation par étapes
Vue la diversité des gestes, il faut privilégier ceux ayant le meilleur ratio coût/efficacité, afin d’engendrer une baisse plus significative des consommations et des dépenses permettant de dégager du pouvoir d’achat pour engager une rénovation par étapes.
En effet, si la rénovation globale reste d’un point de vue technico-économique la plus avantageuse, elle ne répond qu’à des situations limitées, telles que les mutations immobilières et les sites non occupés.

 

3- Rénovation énergétique : l’approche filière par filière doit primer
Avec 12 millions de logements chauffés au gaz et 9 millions à l’électricité, chaque filière a une responsabilité dans la recherche d’une meilleure efficacité énergétique et du remplacement, filière par filière, des systèmes devenus vétustes.
Cette approche par filière s’avère la plus économique pour le consommateur en limitant les travaux à engager. Elle ne crée pas de transfert massif vers un vecteur énergétique et préserve ainsi notre mix énergétique, garant de la sécurité d’approvisionnement de notre pays.
De plus, l’évolution des équipements et la généralisation du pilotage intelligent vont permettre une adéquation plus fine entre l’offre et la demande d’énergie, alliant sobriété et maintien du confort pour les ménages.
Un exemple sur la filière gaz : seuls 20% des logements sont équipés de chaudière haute performance alors que cet équipement permet des gains d’en moyenne 30%. Un geste d’intérêt qu’il convient de soutenir dans la mesure où il amène à lui seul à une baisse très significative des consommations et des émissions.

 

En conclusion, la rénovation énergétique se situe à la croisée des chemins entre la réduction des consommations et donc des émissions, l’amélioration du cadre de vie et du confort thermique pour les occupants, la diminution des factures d’énergie et donc, conséquemment, la hausse du pouvoir d’achat et la lutte contre la précarité énergétique.
C’est une voie majeure dans laquelle la France doit investir, en soutenant d’une part la filière pour qu’elle fournisse un haut niveau de qualité de travaux mais également les maîtres d’ouvrage, propriétaires de bâtiments, au premier rang desquels l’Etat et les collectivités locales dont il est attendu un devoir d’exemplarité sur ce sujet pour emmener leurs administrés dans leur sillon.
Si la volonté politique a une fois de plus été réaffirmée par l’annonce du plan national en avril 2018, reste à voir les moyens qui y seront alloués. Les opportunités sont là mais le défi reste à relever !

Télécharger l'article du Journal du Parlement ci-dessous