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Energie primaire - énergie finale : retour sur un faux débat

25 / 06 / 2018

S’il est bien un sujet que l’on pensait clos avec les débats sur la Loi de Transition Energétique en 2015, c’est celui du mode d’expression des différents objectifs énergétiques. Et bien non, en pleine révision de la PPE, de la SNBC et des discussions sur le projet de Loi ELAN, ce débat franco-français refait surface alors même que le 14 mai dernier, le Conseil des ministres européens de l'énergie définitivement adoptait la nouvelle directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments réaffirmant l’obligation pour les Etats membres d’exprimer leurs objectifs énergétiques en énergie primaire.

 

Pour bien comprendre le cœur de la problématique, revenons aux fondamentaux :

 

Énergie primaire / Énergie finale : Quelle différence ? 

 

L'énergie finale (kWh Ef) correspond à l'énergie consommée par les utilisateurs d'un bâtiment. Pour l’électricité et le gaz naturel, elle est comptabilisée aux compteurs et sert de base à la facturation.

 

L'énergie primaire (kWh Ep) est l'énergie contenue dans les ressources naturelles, avant une éventuelle transformation. Elle tient également compte, en plus de l'énergie finale consommée, de l'énergie nécessaire à la production, à la transformation, au transport (dont la distribution voire le stockage) de l’énergie finale.

 

L’énergie primaire est donc la somme de toutes les énergies nécessaires à l’obtention d’une unité d’énergie finale.

Des énergies comme le gaz, le pétrole, le bois sont des énergies primaires, car elles sont utilisables directement pour produire de la chaleur au travers de chaudières par exemple. 

 

L’électricité n’est pas une énergie primaire : elle est obtenue par transformation de ressources naturelles (charbon, gaz, pétrole, uranium, soleil, vent…). Une centrale nucléaire produit certes de l’électricité décarbonée mais elle le fait à partir d’uranium, ressource naturelle épuisable dont il faut surveiller le prélèvement permanent au même titre que les énergies traditionnelles. De plus, lorsque l’électricité est d’origine nucléaire, le rendement de production est de 33%, inférieur à une centrale à flamme classique car, pour des raisons de sécurité bien compréhensibles, les niveaux de température dans le circuit primaire sont moins élevés dans une centrale nucléaire, ce qui en dégrade le rendement. Il convient de plus de rajouter à ce rendement de production les autres pertes sus-mentionnées.  

 

Quel impact sur les calculs de consommation ?

 

Dans la mesure où elles sont utilisables sans transformation, le coefficient de conversion des énergies primaires est conventionnellement de 1. Cela signifie qu’1MWh consommé aura nécessité conventionnellement le prélèvement d’1MWh de ressource.

 

Le coefficient de conversion de l’électricité varie en fonction des ressources naturelles utilisées (mix de production). En France, il est aujourd'hui conventionnellement de 2,58 (pour une valeur réelle proche de 3 en 2017 vue la prépondérance du nucléaire). C'est à dire qu'il faut 2,58 unités d'énergie primaire pour produire 1 unité d'électricité finale. Notons que ce coefficient conventionnel est sous-évalué, puisque vue sa prépondérance dans le mix de production électrique, sa valeur réelle est proche de 3 sur la base du mix 2017.

 

Lorsqu’on évalue la consommation énergétique d’un bâtiment, la différence est donc sensible selon que l’on calcule en énergie primaire ou finale. L’expression en énergie finale ne reflète pas la consommation réelle d’énergie et revient à considérer qu’1 MWh produit dans la Ruhr à partir d’une centrale à charbon est équivalent à 1MWh produit par un panneau solaire photovoltaïque ou une centrale nucléaire en France !

 

C’est nier toute la démarche de sobriété de la consommation de la ressource, fondement pourtant premier de la Loi de Transition Energétique. 

 

 Les choix faits dans les réglementations thermiques et directives européennes 

 

C’est parce qu’elle permet, d’une part, de mesurer l’impact global des actions d’efficacité énergétique sur les ressources naturelles prélevées à la planète, d’autre part, de ne pas introduire de discrimination entre les différentes formes d’énergie, que la consommation en énergie primaire est l’indicateur de référence de la Directive 2010/31/UE sur la performance énergétique des bâtiments qui vient tout juste d’être révisée, et des réglementations thermiques appliquées en France sur la construction des bâtiments et leur rénovation énergétique. 

 

De même, la loi relative à la Transition énergétique pour la Croissance verte fixe notamment comme objectif de disposer d'un parc immobilier dont l'ensemble des bâtiments sont rénovés en fonction des normes « bâtiment basse consommation » ou assimilées à l’horizon 2050, normes qui sont caractérisées par des seuils de consommation maximale exprimés en énergie primaire.

 

Dès lors, dans la logique appelant à conjuguer efforts d’efficacité énergétique et sobriété, l’expression des exigences en énergie primaire s’impose dans la mesure où il s’agit de la seule expression représentative des ressources réellement consommées et donc prises à la planète.