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Efficacité énergétique & verdissement : les 2 grands chantiers de 2019

31 / 01 / 2019

A la demande du magazine Couverture-Plomberie, Bernard Aulagne, Président de Coénove a pris la plume pour revenir sur les faits saillants de 2018 et les grands dossiers 2019. 

Une tribune libre à retrouver dans le numéro 84 de ce magazine, à paraître courant février 2019. 
 
Bernard Aulagne, Président de Coénove : 
 
"Les dernières semaines qui viennent de s’écouler ont plus été marquées par l’émergence de questions liées à la fin du mois plutôt qu’à la fin du siècle. Dans ce contexte, la présentation par le gouvernement du projet de programmation pluriannuelle de l’énergie, le 27 novembre dernier, est finalement tombée à plat dans sa réponse aux questions urgentes et quasiment passée inaperçue dans sa réelle dimension de vision prospective de la politique énergétique du pays.
 
Le sujet est pourtant d’importance et la période de consultation qui s’ouvre désormais avant la promulgation du décret, prévue en juin prochain, doit être l’occasion d’enrichir ce projet, notamment pour ce qui concerne l’énergie gaz, en faisant valoir nos arguments auxquels l’Administration, malgré toutes nos propositions, s’est montrée pour l’instant insensible.

 

Il est d’ailleurs pour le moins surprenant que le projet dévoilé en novembre soit finalement très proche des éléments communiqués en juillet, alors même que le grand débat public sur la PPE, organisé sur tout le territoire entre le 19 mars et la fin du mois de juin, n’a publié ses conclusions qu’à la fin du mois d’août. Cela laisse perplexe quant au réel processus de concertation mis en place, comme si la voie tracée par l’Administration vers une électrification poussée des usages dans le bâtiment était la seule envisageable malgré les raccourcis et les impasses qu’elle comporte.

 

L’Association Coénove va continuer à se mobiliser dans les semaines et les mois qui viennent, car très clairement le compte n’y est pas pour l’énergie gaz et la trajectoire proposée manque clairement d’ambition eu égard aux enjeux, à la place du gaz dans le mix énergétique aujourd’hui et à son évolution rapide vers un gaz de plus en plus vert.

 

Rappelons en quelques mots nos convictions.
Pour atteindre les objectifs ambitieux de neutralité carbone en 2050, dans des conditions satisfaisantes d’approvisionnement énergétique de nos concitoyens en termes de sécurité et de coût, il n’y a que deux voies : l’efficacité énergétique , pour réduire drastiquement les consommations de toutes les énergies et le recours à un mix énergétique diversifié et décarboné.  La complémentarité des énergies est l’ADN de l’association Coénove, arrêtons de nous vendre une énergie miracle qui répond à tous les problèmes, sans elle-même en créer de nouveaux, une sorte de fée qui d’un coup de baguette magique fait fi des émissions de gaz à effet de serre, de la gestion des déchets, du passage des pointes hivernales …

 

Une rapide analyse du mix énergétique actuel de la France montre qu’au moment de la pointe de puissance hivernale (environ 330 GW appelés), toutes les énergies sont mobilisées, que l’électricité ne satisfait que 30% des besoins (non sans alertes régulièrement lancées sur la capacité à faire face) et le gaz assure, lui, 40% des besoins. Décarboner le mix énergétique du pays, c’est donc bien avant tout décarboner le gaz et c’est bien dans la voie de son verdissement que toute la filière gaz s’est engagée depuis quelques années déjà.

 

Et les premiers résultats sont encourageants : au-delà de l’utilisation bien connue du biogaz dans les unités de cogénération (plus de 500 à ce jour), son injection dans les réseaux de gaz sous forme de biométhane se développe rapidement : à ce jour, 76 unités de méthanisation sont opérationnelles, essentiellement agricoles, un peu partout en France … et les perspectives sont intéressantes : plus de 660 projets sont identifiés dans la file d’attente représentant un potentiel de près de 14 Twh en 2023, au-dessus donc de l’objectif de 8 Twh figurant initialement dans la PPE pour cette même date.
Ce gaz vert issu de la méthanisation est donc d’abord une énergie renouvelable sans l’inconvénient de l’intermittence, tout à fait modulable et stockable, mais ses bénéfices vont au-delà et apportent de nombreuses externalités positives : la méthanisation est source de création de valeur pour l’agriculture et l’environnement (retour à la terre, stockage du carbone, qualité de l’eau, biodiversité…), les territoires, l’économie circulaire et l’emploi local.

 

Dans ces conditions, le maintien de l’objectif de 10% de gaz vert dans la consommation de gaz en 2030, le soutien public conditionné à l’atteinte d’un coût de production de 67€/MWh dès 2023 sont autant de signes décevants qui témoignent de la frilosité des Pouvoirs Publics, encore marqués par les coûts de production des EnR électriques à leurs débuts. Nous en sommes pourtant très loin a fortiori si on valorise enfin les services rendus par la méthanisation à la collectivité.

 

La deuxième voie incontournable est celle de l’efficacité énergétique, avec un enjeu majeur dans le bâtiment : la rénovation énergétique du parc, notamment résidentiel. La récente étude TREMI, réalisée par l’ADEME, l’atteste : nous sommes bien loin du compte et de la trajectoire nécessaire à l’atteinte d’un parc au niveau BBC Reno en 2050. Nous continuons à nous lancer des chiffres à la figure (500 000 logements rénovés annuellement ?), alors que nous sommes incapables de savoir où nous en sommes aujourd’hui et que l’étude de l’Ademe indique que 75% des actions de rénovation réalisées se sont traduites par aucun gain de classe énergétique.

 

Coénove a largement contribué aux travaux pour l’élaboration du Plan de Rénovation Energétique des Bâtiments. Nos propositions concernent aussi bien l’accompagnement des ménages, la visibilité et la lisibilité des aides financières, la fiabilisation du DPE, la valorisation des entreprises RGE. Nous nous sommes clairement prononcés pour une démarche de rénovation par étapes, plus abordable financièrement pour les ménages, moins complexe à dérouler en site habité, jalonnée par le carnet numérique du logement qui permettra de suivre l’amélioration du logement dans le temps, avec un bonus pour encourager le ménage à ne pas s’arrêter en chemin et à aller jusqu’au BBC Reno. La rénovation globale doit en revanche être encouragée à l’occasion des occasions de mutation.
 
Nous préconisons également une approche de rénovation par filières engagées dans leur verdissement : gage d’émulation et de progrès de chaque filière, c’est aussi la solution la plus efficace et la plus économique pour les ménages. Un exemple concernant la filière gaz : le parc français de chaudières individuelles gaz est de 8,5 millions d’appareils dont seulement moins de 25% sont des générateurs à condensation. Le remplacement d’un appareil ancien par une chaudière haute performance ou très haute performance, c’est 30% de réduction des consommations et des émissions de gaz à effet de serre … certainement un des gestes de rénovation les plus efficaces. Coénove pousse à accélérer le renouvellement et la modernisation du parc gaz (fioul également d’ailleurs) et proposera début 2019, en coordination avec l’association Energies & Avenir, une démarche d’étiquetage des chaudières gaz (et fioul), à l’occasion des visites d’entretien, pour sensibiliser le consommateur à l’état de sa chaudière. Nous reviendrons très bientôt sur le lancement de cette démarche.

 

On le voit : le gaz a un rôle essentiel à jouer dans la transition énergétique, comme l’a souligné le président Macron dans son discours du 27 novembre. Encore faut-il que les discours se retrouvent dans les objectifs fixés et les moyens alloués pour que cette énergie, historique dans le développement de notre pays, puisse l’aider dans sa transition écologique et solidaire. Coénove est mobilisée, l’ensemble de la filière gaz est mobilisée et apportera son maximum dans la voie de l’efficacité et du verdissement.